vendredi 4 septembre 2009

De l'honnêteté du bêta

Ceux qui suivent ce blog sont pratiquement tous au fait de la définition de la bêta-lecture (pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, je résume en trois mots : lecture critique, objective et constructive. Pour en savoir plus, consultez le site de CoCyclics).

Le gros avantage de la bêta-lecture, c'est que le lecteur entre dans le détail (et là je ne parle pas forcément phrase par phrase, même si ça peut être le cas) de ce qu'il comprend (ou pas), de ce qu'il aime (ou pas), de ce qui fonctionne (ou pas). Ce n'est pas un simple avis du genre "j'ai beaucoup aimé" ou "c'est pas terrible".

Pendant des années, je n'ai eu que des avis généraux (et encore parfois il fallait que je supplie un peu pour savoir ce que ma famille et mes amis pensaient de ce qu'ils venaient de lire). C'est chouette quand c'est positif mais ça n'aide pas à avancer. C'est pour ça que je suis arrivée chez CoCy (et la suite vous la connaissez).

Le problème, c'est de savoir quand s'arrêter de bêta-lire. Ça fait un an et demi que je bêta-lis, et il m'arrive de ne plus entrer dans certains romans publiés quand trop de choses me gênent. Parfois, ce n'est que le temps de quelques pages, parfois, ça ne se dissipe pas.

Dans le cas de romans publiés, je ne me retrouve pas forcément confrontée aux auteurs (quoi que j'ai été un peu critique avec Roland Vartogue et Nathalie Dau à Epinal, je m'en veux de ne pas m'être focalisée uniquement sur le positif). Pour les auteurs non-publiés, jusque là, je ne lisais leur manuscrit que dans le cadre de bêtas. Pas de problème si je relève quelque chose qui me gêne, au contraire, je suis là pour ça.

Sauf que là, j'ai lu le roman de Syven. Pas bêta-lu. Juste lu. Je crois que je ne sais plus faire. D'ailleurs, avant de m'y mettre, je tournais un peu autour en me disant "Et si je n'aime pas ? Qu'est-ce que je fais ?". Finalement, je me suis jetée à l'eau et j'ai beaucoup aimé (ouf). Quelle tension ! Quel suspens ! Quels frissons !
Je croise les doigts pour qu'un éditeur ait le coup de coeur.

Mais bien sûr, j'ai relevé des bricoles qui m'ont gênée. Là s'est posé la question de l'honnêteté. Ne rien dire ? Après tout, ce ne sont que quelques broutilles... Non. Ça me ferait rentrer dans la catégorie vue plus haut ("j'ai beaucoup aimé, point.") donc voilà, je lui ai dit. Pas facile. C'est plus simple quand on se connait moins, en fait.

Et là, j'ai remis en perspective les commentaires que l'on m'avait fait sur mon Tome I. Je l'ai envoyé à quelques grenouilles qui n'avaient pas pu prendre en charge ma phase III en leur précisant bien que je ne voulais pas de bêta (marre de corriger, moi). Mais du coup, je n'ai eu que des retours généraux (enfin, il y a bien une grenouille qui m'a relevé les coquilles qui traînaient ^^). Donc, l'angoisse !
Et si, en fait, il y avait des petits trucs qui les gênaient mais qu'elles ne me le disaient pas ?

12 commentaires:

fraizochocolat a dit…

J'ai eu exactement le même problème avec les 20 pages des Feydelins que j'ai imprimé. Mais vraiment 'exactement"
On est tous dans le même bateau, et se débarrasser des tics de bêta-lecteur c'est dur (mais ton bouquin, de ce que j'en ai lu pour l'instant) est d'une putain de qualité.

Beorn a dit…

Je me suis guéri de la maladie de la bêta-lecture en lisant le roman de Bénédicte, qui était déjà accepté par un éditeur : hors de question de faire une vraie bêta qui aurait pu changer le roman, bien sûr.

Je me suis donc uniquement concentré sur les dernière micro-coquilles et je me suis rendu-compte, d'abord que c'était fichtrement reposant et ensuite que ça permettait de relativiser tout ce qu'on dit en bêta.
On en fait peut-être trop, parfois ?

En tout cas, il est essentiel de réapprendre à lire pour le plaisir, de temps en temps.

Black a dit…

Yep, c'est important parfois de laisser de côté l'oeil du bêta. Note, je ne vais pas me plaindre de ton sens aiguisé de la bêta, vu le boulot génial que tu fais en ce moment pour moi et qui me motive plus que jamais ;-)

Amibe_R Nard a dit…

Dans la bêta-lecture, il y a deux choses qui s'affinent :

- son oeil critique
- les possibilités que l'on ressent pour un texte. (avec un peu de travail, il aurait pu...)


La première est la plus terrible, car, effectivement, elle ne s'arrête pas à la bêta-lecture, mais elle déborde sur la lecture tout court.

Tu n'en es pas encore (?) au point où trois lignes suffisent pour se donner une idée du texte.
Moi, si.

La faute à la bêta-lecture. :-)

Je parle d'un texte imprimé bien sûr. Sur une bêta, on peut encore dire...
Et laisser l'auteur choisir.

Car, c'est son choix. Toujours. Tant pis s'il ne voit pas les choses comme le bêta-lecteur.

Dans un livre imprimé, c'est autant le choix de l'auteur que de l'éditeur (cet autre bêta-lecteur, quand ils ont vraiment envie, ils peuvent bêta-lire aussi). Choix malheureux, choix de la facilité, on le voit.
Et on le lit également lorsque ça accroche.

Ce qui me ramène à la lecture proprement dite. Imprimé, le texte est considéré comme terminé. Au mieux, il sera réédité ou revu par l'auteur. Tous les jeux sont faits. On ne peut plus y revenir. Juste lire jusqu'à la lie... l'hallali ?
On boit le vin... il est bon ou il est mauvais à notre goût. Mais il est bu !
Le texte lu ! :-)


Le texte est donc soit bon, soit mauvais, ou dans l'entre-deux ; on ne peut pas jouer de bêta-lecture (même à un niveau général), surtout si l'auteur ne le demande pas. :-)))
D'où, il paraît logique de n'obtenir qu'avis généraux et autres Miam ! Slurp ! Burp ! et compagnie.

Si tu veux un avis plus prononcé, demande à tes "lecteurs" de te noter sur 20.
Tu obtiens alors une graduation entre le bon et le super-bon j'en reprendrai ! qui sort du tout général.


Maintenant, n'angoisse pas.
Si d'énormes cochonneries traînaient dans ton salon de mots, tes "grenouilles" te l'auraient dit.

Plus que les puristes de la poussière pour aller t'enquiquiner dans les recoins.
Vu que tu en as marre de corriger, c'est qu'il est temps, pour toi, de passer à autre chose.

Lire, sans bêta-lire, par exemple :o)))
Quand c'est imprimé (ou tout comme), je ne bêta-lis pas, je lis et je note.

Bien Amicalement
L'Amibe_R Nard

Benedicte a dit…

C'est toujours le même problème, la bêta lecture...

Soit on est l'auteur et on fait bêta lire son texte et soyons honnête, on voudrait tous récupérer un texte avec une seule annotation dessus : Parfait. Mais ça, ça n'arrive qu'en rêve et encore. Dans la réalité, sur un texte, un bêta lecteur aura toujours quelque chose à dire. Et puis, il y a l'éternelle question : "Est-ce que mon bêta lecteur est honnête avec moi ou est-ce qu'il me dit qu'il aime pour me faire plaisir ?" Et là, il n'y a que la confiance et l'habitude de se côtoyer qui peuvent apporter une réponse. D'où l'importance de bien choisir son bêta lecteur.

Soit on est bêta lecteur et là, deux solutions. La mieux pour le bêta lecteur, il adoooore ce qu'a fait l'auteur. Là, pas de gros problème, il annote ce qui ne va pas et renvoie le paquet cadeau, sourire aux lèvres. La deuxième solution, il n'aime pas du tout ce qu'il lit et là, il peut y avoir deux raisons. Il n'aime pas parce qu'il n'aime pas et que ce n'est pas son genre et là, on peut se demander s'il est capable de faire la bêta lecture d'un texte qu'il n'aime pas et s'il ne va pas aller chercher des petites bêtes là où il n'y en a pas et la question est "Doit-il le dire à l'auteur ?". La seconde raison est qu'il n'aime absolument pas parce que c'est mauvais... et là, doit-il le dire à l'auteur et si oui, comment et jusqu'à quel point ? C'est une lourde décision à prendre... il ne faut pas faire fuir l'auteur tout en lui montrant la tâche à accomplir et ce n'est pas évident du tout.

Se faire bêta lire ou bêta lire le texte d'un autre est une sacrée épreuve pour les nerfs et il y a une seule certitude pour moi, il faut bien connaître la personne qui bêta lit son texte et il faut bien connaitre l'auteur... mais en même temps, ce lien modifie profondément la façon de lire du bêta lecteur.

Y a pas de solution miracle. L'art de l'écriture demeure subjectif.

Samantha a dit…

"Y a pas de solution miracle. L'art de l'écriture demeure subjectif."

Je crois que Benedicte a tout résumé. Et puis, texte bêta lu, texte publié... rien n'est jamais parfait, question de goût, de sensibilité. De tous les avis que j'ai eu, certains points ressortaient, d'autres étaient tellement opposés que cela m'embrouillait plus qu'autre chose.

Connaître et rencontrer les auteurs modifient forcément l'appréhension du texte, dans le bon ou le mauvais sens. Cela peut aller de l'agréable surprise à la déception. Car il y a toujours une attente. Une attente d'ailleurs difficile à gérer lorsque des personnes vous suive via le web/la vie quotidienne depuis un moment.

Rien n'est simple...

NB a dit…

@Célia : n'hésite pas à être honnête surtout !

@Beorn : oui, j'imagine que si le roman va être publié, ce n'est pas le même regard.

@Blacky : l'avantage, c'est que pour toi, je savais du départ que je lisais pour bêta !

@Bernard : Quelle bonne idée, noter sur 20 ! J'appliquerai !

@Bénédicte : En bêta-lecture, je ne me pose pas la question : je dis tout ce qui me gêne (j'enrobe parfois pour ne pas vexer l'auteur et qu'il se braque mais je suis TOUJOURS honnête). Là, c'était plus délicat puisqu'il s'agissait de lire sans bêta...

@Samantha : oui, je comprends ce que tu dis sur l'attente. Au bout d'un an de boulot, il y avait pas mal d'attente sur ce roman et j'avais peur de décevoir...
C'est pour ça que je vais écrire le suivant dans mon coin !

Amibe_R Nard a dit…

@Bénédicte

Un bêta lecteur se doit d'être honnête, vis-à-vis de l'auteur, vis-à-vis de lui-même. :-)

Il n'aime pas : il n'aime pas, point.

Pas de chichi, l'auteur doit savoir que ce texte ne plaît pas à "ce" bêta-lecteur (ce qui relativise déjà sa bêta-lecture). Ce peut être par raisons personnelles, on ne force personne à lire du hard sanglant, même en bêta-lecture.

Si c'est vraiment mauvais (d'après son point de vue :-) ), rien n'empêche de l'expliquer.
Soit il y a des points évidents à revoir, soit c'est plus subjectif (on ne comprend pas ce que l'auteur a voulu dire ou faire, ou il a voulu aller, le héros n'est pas pertinent)

De toute façon, une bêta lecture, ce n'est pas une lecture 1) unique 2) à un seul sens.
L'auteur est capable de dire ce qu'il a voulu écrire, et le bêta-lecteur peut alors mettre le doigt sur ce qui n'a pas été dit dans les mots (dans la tête de l'auteur, il se trouve toujours plus :-) ) ou alors sur ce qu'il n'a pas compris (ou raté)

Car il faut le savoir, une bêta-lecture c'est une lecture interrompue.
Quand on "breake" pour dire quelque chose, il arrive que des portions de phrases s'estompent de la mémoire du bêta-lecteur... surtout quand on part sur une bêta-lecture d'un roman, en plusieurs étapes. On peut alors trouver moins bien un texte que lors d'une lecture suivie.

C'est pourquoi, il est bon d'avoir plusieurs bêta-lecteurs, à différents stades du roman. :-)
Un bêta-lecteur finit par construire le roman dans sa tête, et il lui devient difficile de remarquer ce qui va sauter aux yeux d'un lecteur neuf. Il lui est encore délicat d'oublier ce que l'auteur a sabré !


Autant de points pour préciser que l'auteur a le droit de savoir, mais il doit également connaître ce qu'il en est d'une bêta-lecture (donc, quelque part, être bêta-lecteur lui-même).
Et tant pis s'il le prend mal. C'est une question d'honnêteté du bêta-lecteur.

Perso, je me méfierai d'un bêta-lecteur qui adore mon texte sans ambages.
Un peu moins s'ils sont plusieurs. ;-)

D'abord parce qu'aucun texte ne sort vraiment parfait. Ensuite, parce que ça vous jette dans des abîmes de perplexité lorsqu'il s'agit de passer au suivant, sans que l'on sache bien "pourquoi ce texte a plu avec autant de force"


Idem, si le bêta-lecteur vous dit qu'il adore, et que le bêta-lecteur suivant pointe à toutes les pages, il y a malaise.
Surtout sur des points évidents !

C'est pourquoi, je suis toujours honnête avec l'auteur.
Il ne peut pas y avoir de compromis dans une bêta-lecture. C'est une question de confiance.

Et le bêta-lecteur offre un cadeau. Un gros : du temps et de la distance par rapport à son texte.
Même si on peut avoir du mal à encaisser les remarques, il faut dire merci et bêta-lire la réponse à son tour (i.e. trier la réponse, essayer de la comprendre, au besoin demander des éclaircissements... car on n'est pas à l'école où le maître rend la copie et c'est fini. Une bêta-lecture, c’est une partie de ping-pong. A toi, à moi, à toi, à moi, à toi, à moi... jusqu'à ce que tout soit clair.)

En général, celles qui font le moins plaisir sont celles qui apportent le plus.
Pas sur l'instant, mais plus tard, quand il faut réfléchir au pourquoi ce lecteur n'aime pas.
Qu'est-ce qui ferait qu'il puisse aimer ? Ai-je envie d'aller le conquérir, ou non ?


C'est aussi un art de ne pas "aimer" pour voir jusqu'où l'auteur est capable de se surpasser. :-)
La mouche du coach !

Bien Amicalement
L'Amibe_R Nard

P.S. : Si j'en crois ma propre expérience, je n'adore jamais ce que les autres écrivent :-)

Syven a dit…

Bah tu vois, ça c'est pas si mal passé :D Je ne suis pas en sucre non plus ! ^_^

C'est marrant, je n'éprouve aucun scrupule moi. :D
Sans doute parce que je suis vilaine.
Muf muf muf !

NB a dit…

C'est noté pour la prochaine fois ! Si j'ai envie d'être vilaine, je ne me poserai plus de question ^^

Shaya a dit…

Ne t'en fais pas !
Si je n'ai rien ajouté, c'est que je n'ai rien trouvé à ajouter, hormis ma fameuse feuille de coquillettes ;). J'ai été transportée par la magie générale et je suis drôlement impatiente de lire la suite !

Et soudain, un doute m'étreint : suis-je capable de bêta-lire ?!

NB a dit…

Shaya, si tu n'étais pas capable de bêta-lire, ta candidature de bêta-lectrice CoCy n'aurait pas été acceptée. Ne te fais pas de souci.

Et puis, tu vas entrer dans le vif du sujet avec super Blacky !